Corrigé : La lettre du grognard, Moscou 1812

Le Faussaire n° 1 · Lettre · Moscou, 1er octobre 1812 · 4 erreurs

Ce document, écrit pour le jeu, contenait 4 erreurs glissées par le faussaire : pas même à Waterloo, le stéthoscope du chirurgien, le tsar Nicolas, le portrait photographique. Les voici à leur place, puis expliquées une par une. Jouer le document avant de lire la suite est plus amusant.

Le document annoté

Moscou, le 1er octobre 1812

Ma chère mère, je profite du courrier qui part demain pour te donner de mes nouvelles. Je suis en bonne santé, grâce à Dieu, et je n'ai pas reçu une égratignure depuis que nous avons passé le Niémen, au mois de juin.

Le 7 septembre, nous avons livré une grande bataille près de la Moskova. La Garde n'a pas donné : l'Empereur l'a gardée en réserve toute la journée, et nous avons regardé les autres se battre du matin jusqu'au soir. Les Russes de Koutouzov ont fini par se retirer, et la route de Moscou s'est ouverte devant nous. Les anciens disent qu'on n'avait jamais vu pareil carnage, Erreur n° 1 : pas même à Waterloo.

Nous sommes entrés dans Moscou le 14 septembre. La ville était presque vide, car la plupart des habitants étaient partis avant notre arrivée. Le soir même, le feu a pris dans plusieurs quartiers, et il a brûlé pendant quatre jours. On dit que c'est le gouverneur Rostopchine qui l'a fait allumer. La plus grande partie de la ville n'est plus que cendres ; il reste des églises, des cheminées et quelques palais.

L'Empereur loge au Kremlin, une forteresse au milieu de la ville, avec de hautes murailles et des églises à coupoles. Nous montons la garde à ses portes, chacun à notre tour.

J'ai eu la fièvre la semaine dernière. Erreur n° 2 : Le chirurgien m'a écouté la poitrine avec son stéthoscope, puis il m'a dit que ce n'était rien et qu'il fallait manger. Pour l'instant, ma compagnie ne manque de rien : nous avons trouvé de la farine et du vin dans une cave.

Il fait encore doux, comme un automne de chez nous, et les officiers disent que nous passerons peut-être l'hiver ici. Erreur n° 3 : Tout le monde attend que le tsar Nicolas se décide enfin à traiter. Moi, je voudrais surtout rentrer au pays pour la moisson prochaine.

Erreur n° 4 : Je te joins mon portrait photographique, pour que tu voies que ton fils a encore bonne mine avec sa moustache et son bonnet à poil. Embrasse bien mon père et ma sœur Marie, et dis au curé de prier pour nous.

Ton fils qui t'aime, Jean-Baptiste, grenadier à pied de la Garde impériale

Les erreurs expliquées

  1. 1 « Pas même à Waterloo »

    « pas même à Waterloo. »

    La bataille de Waterloo a lieu le 18 juin 1815, près de trois ans après cette lettre : aucun soldat ne peut l'évoquer en 1812. C'est la dernière défaite de Napoléon, qui abdique quatre jours plus tard.

    Sources : Bataille de Waterloo — Wikipédia · Battle of Waterloo — Wikipedia (en anglais)

  2. 2 Le stéthoscope du chirurgien

    « Le chirurgien m'a écouté la poitrine avec son stéthoscope »

    Le stéthoscope est inventé à Paris par le médecin René Laennec en 1816, quatre ans après la campagne de Russie. En 1812, ni l'instrument ni le mot n'existent.

    Sources : Stéthoscope — Wikipédia · Stethoscope — Wikipedia (en anglais)

  3. 3 Le tsar Nicolas

    « Tout le monde attend que le tsar Nicolas se décide enfin à traiter. »

    En 1812, le tsar est Alexandre Ier, qui règne de 1801 à 1825. Son frère Nicolas Ier ne monte sur le trône qu'en décembre 1825, à la mort d'Alexandre.

    Sources : Nicolas Ier (empereur de Russie) — Wikipédia · Alexander I of Russia — Wikipedia (en anglais)

  4. 4 Le portrait photographique

    « Je te joins mon portrait photographique »

    La plus ancienne photographie conservée, prise par Nicéphore Niépce depuis sa fenêtre, date de 1826 ou 1827 et a demandé une pose extrêmement longue. Le portrait photographique ne devient possible qu'avec le daguerréotype, rendu public en 1839. En 1812, on se fait peindre ou dessiner.

    Sources : Nicéphore Niépce — Wikipédia · History of photography — Wikipedia (en anglais)

Ce qui est authentique

  • La Grande Armée franchit le Niémen et entre en Russie à partir du 24 juin 1812.
  • La bataille de la Moskova (Borodino pour les Russes) a lieu le 7 septembre 1812. Napoléon refuse d'y engager la Garde impériale, qu'il garde en réserve ; l'armée russe de Koutouzov se retire ensuite et abandonne Moscou. C'est la journée la plus meurtrière des guerres napoléoniennes.
  • Les Français entrent dans Moscou, largement évacuée par ses habitants, le 14 septembre 1812. L'incendie qui éclate le jour même dure jusqu'au 18 septembre et détruit environ les trois quarts des maisons.
  • Les Français accusent le gouverneur Rostopchine d'avoir fait allumer l'incendie ; aucun ordre écrit ne l'a jamais prouvé.
  • Napoléon s'installe au Kremlin le 15 septembre, le quitte pendant l'incendie pour le palais Petrovski, puis y revient le 18. Il reste plus d'un mois à Moscou à attendre une offre de paix d'Alexandre Ier qui ne vient pas, retenu aussi par un début d'automne doux.
  • « Grognard » est le surnom des soldats de la Vieille Garde. Les grenadiers à pied de la Garde, reconnaissables à leur bonnet à poil d'ours, font la campagne de Russie.

Sources : Prise de Moscou — Wikipédia · Incendie de Moscou (1812) — Wikipédia · Bataille de la Moskova — Wikipédia · Battle of Borodino — Wikipedia (en anglais) · French invasion of Russia — Wikipedia (en anglais) · Grognard — Wikipédia · 1er régiment de grenadiers à pied de la Garde impériale — Wikipédia

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