Corrigé : La gazette du 16 juillet 1789

Le Faussaire n° 2 · Gazette · Paris, 16 juillet 1789 · 4 erreurs

Ce document, écrit pour le jeu, contenait 4 erreurs glissées par le faussaire : des tours hautes de vingt-quatre mètres, la guillotine réclamée par la foule, la Marseillaise chantée place de Grève, le préfet de police. Les voici à leur place, puis expliquées une par une. Jouer le document avant de lire la suite est plus amusant.

Le document annoté

Nouvelles de Paris

Du jeudi 16 juillet 1789

Depuis dimanche, Paris ne dort plus. Le renvoi de M. Necker, connu dans la capitale ce jour-là, a jeté le peuple dans les rues, et les barrières de l'octroi ont été incendiées en plusieurs endroits.

Mardi matin, une foule immense s'est portée aux Invalides et en a emporté des milliers de fusils. Il ne manquait plus que la poudre : le bruit courait qu'il y en avait à la Bastille. Le peuple s'est donc présenté devant la vieille forteresse du faubourg Saint-Antoine, Erreur n° 1 : dont les tours s'élèvent à vingt-quatre mètres au-dessus du fossé.

Après plusieurs heures de combat, le gouverneur, M. de Launay, a fini par capituler. Il a été massacré par la foule, et sa tête a été promenée au bout d'une pique. Le même soir, M. de Flesselles, prévôt des marchands, a été tué sur les marches de l'Hôtel de Ville. Erreur n° 2 : Des voix s'élevaient dans la foule pour réclamer la guillotine contre les traîtres.

On n'a trouvé dans la forteresse que sept prisonniers, qui ont été aussitôt libérés. Erreur n° 3 : La foule a entonné la Marseillaise sur la place de Grève. Depuis hier, des ouvriers ont commencé à démolir la Bastille pierre par pierre.

Erreur n° 4 : Le préfet de police n'a plus reparu depuis mardi. À l'Hôtel de Ville, les électeurs ont acclamé hier M. Bailly comme maire de Paris ; il présidait encore l'Assemblée nationale au début du mois. M. le marquis de La Fayette a été nommé commandant de la milice parisienne.

À Versailles, l'Assemblée nationale suit les événements heure par heure. On assure que le roi a résolu d'éloigner les régiments rassemblés autour de la capitale. Nous donnerons dans notre prochaine feuille les noms des citoyens tués ou blessés devant la Bastille.

Les erreurs expliquées

  1. 1 Des tours hautes de « vingt-quatre mètres »

    « dont les tours s'élèvent à vingt-quatre mètres au-dessus du fossé. »

    En 1789, le mètre n'existe pas encore : il est défini en 1791 et ne devient l'unité légale qu'avec la loi du 7 avril 1795. Un journaliste de 1789 compte en toises et en pieds.

    Sources : Mètre — Wikipédia · Metre — Wikipedia (en anglais)

  2. 2 La guillotine réclamée par la foule

    « Des voix s'élevaient dans la foule pour réclamer la guillotine contre les traîtres. »

    En juillet 1789, la machine n'existe pas. Le docteur Guillotin ne propose une décapitation « par un simple mécanisme » qu'en octobre 1789 ; l'appareil est mis au point en 1792 et sert pour la première fois le 25 avril 1792. Le nom de la machine vient de celui du docteur : personne ne pouvait l'employer avant sa proposition.

    Sources : Guillotine — Wikipédia · Guillotine — Wikipedia (en anglais)

  3. 3 La Marseillaise chantée place de Grève

    « La foule a entonné la Marseillaise sur la place de Grève. »

    La Marseillaise est composée par Rouget de Lisle à Strasbourg dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, sous le titre « Chant de guerre pour l'armée du Rhin ». Elle prend son nom actuel à l'été 1792, quand les volontaires marseillais la chantent en arrivant à Paris.

    Sources : La Marseillaise — Wikipédia · La Marseillaise — Wikipedia (en anglais)

  4. 4 Le préfet de police

    « Le préfet de police n'a plus reparu depuis mardi. »

    La préfecture de police de Paris, et donc le préfet de police, n'est créée qu'en 1800, sous le Consulat. En juillet 1789, la police de la capitale relève encore du lieutenant général de police, une charge créée en 1667 ; son dernier titulaire, Thiroux de Crosne, se démet le 17 juillet 1789.

    Sources : Préfecture de police — Wikipédia · Prefecture of Police — Wikipedia (en anglais) · Lieutenant général de police — Wikipédia · Louis Thiroux de Crosne — Wikipédia

Ce qui est authentique

  • Le 14 juillet 1789 est un mardi. Le renvoi de Necker, décidé le 11 juillet, est connu des Parisiens le dimanche 12 ; les jours suivants, une quarantaine des barrières de l'octroi sont incendiées.
  • Le 14 au matin, les émeutiers prennent des dizaines de milliers de fusils aux Invalides, mais sans poudre : le bruit court qu'elle est entreposée à la Bastille.
  • Le gouverneur de Launay capitule vers 17 h 30 après plusieurs heures de combat ; il est tué et sa tête est promenée au bout d'une pique. Jacques de Flesselles, prévôt des marchands, est abattu sur les marches de l'Hôtel de Ville le même jour.
  • La Bastille ne renferme que sept prisonniers. Sa démolition commence dès le 15 juillet, sous la direction de l'entrepreneur Palloy.
  • Le 15 juillet, Bailly, qui avait présidé l'Assemblée nationale du 17 juin au 3 juillet, est désigné maire de Paris, et La Fayette est acclamé commandant de la milice parisienne, bientôt appelée garde nationale.
  • Le 15 juillet au matin, le roi renonce à l'épreuve de force : les régiments rassemblés autour de Paris sont renvoyés vers leurs garnisons.

Sources : Prise de la Bastille — Wikipédia · Storming of the Bastille — Wikipedia (en anglais) · Jean Sylvain Bailly — Wikipédia · Jacques de Flesselles — Wikipedia (en anglais)

Autres documents ▶